Lagos - Les Fractures du Temps (Mythologie)

Lagos - Les Fractures du Temps

(Mythologie)

Histoire de La Quête. Entre ombre et lumière

La Quête d'Eliora Shpirtizi explore la spiritualité comme une fonction vitale, un instinct cosmique propre à l'humanité : celui d'explorer, de se dépasser, de concevoir Dieu non comme origine, mais comme aboutissement. Pour Eliora, Lagos devient le pas de tir du vivant vers l'infini, et La Quête, non une bible, mais le journal de bord chaotique d'un Dieu en gestation, œuvre écrite avec les matériaux paradoxaux de l'humain : l'oubli pour carburant, l'erreur pour boussole, l'inconscient pour chambre de combustion.

Au cœur de cette œuvre se noue une rencontre fondatrice : celle d'Eliora et de son étudiant, Fouzi Koha, jeune penseur hanté par la Grande déconnexion qui a emporté toute sa famille. Eliora et Fouzi sont tous deux d’accord pour retenir l’origine humaine de la catastrophe, mais ils adoptent des prismes d’analyse différents. Le rapport au sacré d’un côté, le rapport au temps de l’autre. Là où Eliora se demande ce qui a provoqué la Grande déconnexion et trace un continuum dans l’histoire de l’humanité qui mène et explique cette fracture, Fouzi s’intéresse à la conséquence de la Grande déconnexion, entendue comme ses effets de transformation sur l’humanité. A partir de cet instant, Fouzi ne lira plus jamais l’histoire de l’humanité qu’à travers les événements qui fracturent le temps et circonscrivent les ères et les périodes. Les processus évolutifs à l’intérieur qui intéressent Eliora sont pour lui secondaires. Leur dialogue intellectuel et sentimental irrigue toute la structure de La Quête. C'est Fouzi qui amène Eliora à inverser le rapport traditionnel au sacré, à lire l'histoire des religions dans un miroir. A la fin des cours, Eliora trouvait souvent des gerbes de petites fleurs sur la table de Fouzi. Plus tard, Fouzi lui avoua qu'il cueillait ces fleurs sur la tombe de sa mère, morte lors de la Grande déconnexion. Fouzi avait un cœur, et il battait pour Eliora. C'est à ce moment, en , qu'Eliora couche son premier chapitre Germination et sa formule : Dieu est une fleur née sur une tombe. L'idylle qu'ils partagent (entre une professeure mariée et un étudiant écorché par la perte) devient l'allégorie même d'un lien passionnel et impossible entre mémoire et fracture. Eliora cherche à comprendre ce qui relie encore les strates de l'histoire humaine, tandis que Fouzi s'acharne à comprendre les fissures temporelles comme autant de blessures originelles, persuadé qu'il y a là dans ce gouffre le visage véritable de l'humain. Là où Eliora cherche la continuité, Fouzi cherche les cassures. Le texte se charge d'une tension subtile entre deux pôles : la foi et la perte, l'union et la disjonction. De cette tension naît le chapitre Naître, pivot de La Quête. Peu de temps après, Eliora tombe enceinte de Agmaar. Avec les chapitres sur L'Un, Eliora sublime la souffrance de Fouzi en espérance démontrant que chaque ère, chaque religion, s'enracine dans une déchirure originelle qui se dépasse. Clémence de Longeville donne une autre version : "L'Un montre la transformation en cours de Fouzi à laquelle assistait Eliora. Elle y décrit une puissance conceptuelle qui se replie dans l'abime de Fouzi (la mort de sa famille) sur le point de renverser l'ordre du monde : car l'Un est la pensée profonde de Fouzi et Eliora, au fil des chapitres, pressentait que la naissance à venir était synonyme de drame".

Fouzi, lui, s'enferme peu à peu dans son obsession du temps brisé, jusqu'à en perdre tout repère. En , une altercation avec une Deuxième Homme dans une usine de la Refondation conduit Fouzi en prison. Eliora va régulièrement lui rendre visite. Elle est devenus mère du jeune Agmaar et retrouve une vie de famille paisible avec son époux, Paul. Elle poursuit seule l'écriture de La Quête. Les échanges épistolaires avec Fouzi deviennent la matrice d'un renouveau intérieur. Le chapitre La Foi traduit cette période d'élévation et de distance : les barreaux deviennent symboles de purification, d'une séparation créatrice où l'esprit d'Eliora s'émancipe du désir pour embrasser la pensée. Clémence de Longeville note qu'on y ressent l'espérance d'une libération intellectuelle et le souffle d'une humanité encore capable de croire au lendemain. L'incarcération de Fouzi devient une parabole : celle du désir comme moteur du savoir, mais aussi de la séparation comme condition de la création.

Tandis que Fouzi se consume dans la violence et la folie de la prison, les Deuxièmes Hommes l'approchent. Eliora, elle, connaît une période faste. Isolée dans le Manoir des Caféiers, entourée d'artistes et de penseurs libres, elle parachève le chapitre Invocation tandis que Lagos se replie derrière la Muraille, bastion d'un progrès sans mémoire. Eliora y exprime la joie d'une humanité retrouvée, mais aussi la conscience tragique de l'éphémère. L'ombre de Fouzi, toujours présente, imprègne ces pages : chaque prière semble l'appeler, chaque phrase tente de l'oublier. Autour d'elle renaît une communauté d'esprits (musiciens, philosophes, poètes) convaincus qu'un autre monde peut s'inventer loin des dogmes du Deuxième Âge et de la puissance renaissante des Deuxième Hommes.

En , Fouzi Koha, interné après une crise violente, noircit des carnets de formules et de visions. Ses écrits annoncent la gestation de son œuvre future, Le Djinn du Temps, et la transmutation d'un homme en mythe. Ses phrases : Je suis le songe qui s'appartient ou Dieu est à nous, à personne d'autre témoignent d'une lucidité ravagée. Informée, Eliora répond à distance par le chapitre du Rêve, écrit comme une contre-attaque poétique et métaphysique. Elle y affronte, dans la langue du symbole, le visage défiguré de sa propre pensée. Ce n'est plus un récit de rédemption, mais une lutte entre deux forces irréconciliables : la mémoire qui veut comprendre, et le temps qui veut détruire.

Les Cinq Chapitres de La Quête

· Germination (Chapitre I)

La formule fondatrice : Dieu est une fleur née sur une tombe. Naissance de La Quête à travers l'idylle entre Eliora et Fouzi.

· L'Un (Chapitre II - Pivot)

Amour, deuil et métaphysique. Chaque ère s'enracine dans une déchirure originelle. Tension entre mémoire et fracture.

· La Foi (Chapitre III)

Écrit pendant l'emprisonnement de Fouzi. Séparation créatrice, libération intellectuelle. Les barreaux comme purification.

· Invocation (Chapitre IV)

Au Manoir des Caféiers. Joie d'une humanité retrouvée, conscience de l'éphémère. Communauté d'esprits libres.

· Rêve (Chapitre V)

Contre-attaque poétique en réponse à Fouzi interné. Lutte entre mémoire (comprendre) et temps (détruire).

Entre ombre et lumière · 2163-2169