Petite expérience
Placez-vous devant un miroir et projetez-y vos certitudes sur Dieu, que vous soyez croyant ou athée, peu importe. Oubliez vos souvenirs et souvenez-vous de l’oubli : cette brume primitive où le sacré respire. Regardez vos croyances dans ce rétroviseur de l’âme et inspirez : elles n’y sont pas inversées, non. Elles vous révèlent l’avenir en marche.
Ne vous retournez pas, ne tournez plus jamais le dos à l’avenir.
Sentez le souffle ancestral dans votre cou, une odeur d’humus comme une mémoire millénaire qui précède la vôtre, dont vos croyances sont la sève de la racine vers le fruit. Regardez-vous. Observez ce reflet dans la glace qui n’est plus tout à fait le vôtre. C’est la lueur d’un Dieu non pas ancien mais en devenir, un Dieu qui vous supplie de le laisser vivre et dont les lèvres invisibles effleurent vos oreilles.
Oubliez le miroir pour voir le monde à travers la perspective d’un Dieu ni éternel, ni mort, mais qui n’a pas encore fini de naître.
Si jamais un frisson vous traverse le corps, sachez qu’il ne vient ni de vous ni d’une quelconque expérience pseudo-mystique. C’est le frisson de la vie — tapie dans l’angle mort de vos certitudes, dans les interstices qui se fissurent — sentant dans vos fêlures une issue pour s’évader.